Arrêtons un court instant la pendule du temps et regardons-nous vivre. Regardons-nous, par exemple, errant parmi tant d'autres semblables dans des centres commerciaux, surgis de nulle part à la périphérie des villes. Regardons-nous, un portable d'une main, poussant de l'autre un Caddie, le remplissant dans un état d'absence à nous-mêmes, convoitant des produits dont la possession ne nous apaisera pas. Regardons-nous avancer en troupeau tandis qu'une musique d'ascenseur nous murmure à l'oreille qu'il ne se passe rien, qu'il ne s'est jamais rien passé et qu'il ne se passera jamais rien. Comme si notre temps propre, notre mémoire ou notre sensibilité n'avaient plus lieu d'être. C'est la fabrique de la folie.




